Des merveilles très cadrées

Phototèque L’ancienne Forge

Je dois le plaisir de faire votre connaissance à Madame Florence Vidonne, Conservatrice du Musée Greuze de Tournus, qui m’a parlé chaleureusement de vous et de votre travail. Comment avez-vous débuté dans ce métier d’encadreur ?
En suivant une pente naturelle. Au départ, j’ai reçu une formation d’ébéniste, métier que j’ai exercé pendant quelques années chez un restaurateur de meubles. Mais, à vrai dire, j’aurais aimé faire les Beaux Arts, car très tôt, j’ai éprouvé une passion pour tout ce qui concerne le graphisme. A mes heures perdues, j’étais peintre amateur et fréquentais une école de dessin à Chalon, animée par Francis Dandois, un professeur remarquable.

Donc, l’encadrement, si je vous entends bien, est un peu le résumé de vos passions.
On peut le penser, mais, si j’ai abordé cette profession, c’est grâce à ma rencontre avec Monsieur Mazuy, un encadreur talentueux de Chalon. Il avait à la fois un oeil et un goût très sûrs, conjugués à un savoir-faire acquis pendant de nombreuses années. Il était toujours dans la recherche et visait l’excellence.

Vous l’appréciez tellement, que vous travaillez à ses côtés.
Oui, d’autant qu’il se trouve qu’au fil du temps, nous nous sommes révélés très complémentaires. Lui aimait particulièrement le contact avec la clientèle, tandis que moi, j’oeuvrais dans l’atelier. Il m’a appris l’essentiel, à savoir, les différentes techniques, mais aussi, les styles. Chaque tableau a son cadre précis qui vient enrichir son histoire. Enfin, il m’a fait connaître des fabricants et autres fournisseurs hors normes.

A l’instar d’un tapissier, vous disposez de belles collections, ce qui ne vous empêche pas de créer.
Par exemple, si on avait un sujet africain, on choisissait de préférence des baguettes brutes en reprenant des couleurs existantes dans le tableau. De la même manière, pour des oeuvres très contemporaines, comme celles de Lindströmm, on créait des baguettes avec des enduits qui rappelaient la matière de l’oeuvre. On a eu également beaucoup de plaisir à travailler pour le Musée Nicéphore Niepce de Chalon, qui nous confiait de temps en temps, des oeuvres rares.

Bref, dans ce métier, aucun jour ne se ressemble. Et aujourd’hui que vous êtes installé à Tournus ?
Ici, curieusement, malgré une période hivernale très longue, je dois avouer que je me plais car cette ville à depuis toujours, une liaison très forte avec l’univers de l’Art. De plus, elle est idéalement située entre Chalon et Mâcon, à deux pas de Genève et de Lyon. Enfin, je ne vous apprendrai rien, c’est une cité gourmande qui abrite pas moins de quatre restaurants étoilés au Guide Michelin. A partir de là, il est permis d’espérer…

Fort bien, mais quelle est votre clientèle ?
Très large. Elle va du particulier qui veut se faire plaisir en passant par le Musée Greuze, mais aussi des amateurs étrangers fortunés et quelques collectionneurs… Il m’arrive ainsi d’avoir des merveilles entre les mains. Mais, dans tous les cas de figure, il s’agit d’une clientèle exigeante qui attend de moi autre chose qu’un banal encadrement. Elle souhaite que j’apporte ma touche personnelle et bien entendu, que le résultat de mon travvail soit parfait. Originalité et savoir-faire.

Au début de notre entretien, vous m’avez confié que vous êtes un ardent défenseur de votre profession.
Pour moi, c’est presque un devoir, car comme nombre d’autres artisans, nous sommes victimes aujourd’hui, d’un amateurisme galopant ! Certains se lancent après seulement un stage d’un mois, qui ne repose pratiquement sur rien, et en prime, ils ne bénéficient par la suite d’aucun accompagnement. A l’arrivée, tout le monde est déçu, et cela donne une image très négative de notre profession.

Malgré tout, vous restez optimiste.
Oui, car il y aura heureusement toujours des esthètes et autres personnes qui aiment être entourées de belles choses.

Votre galerie d’Art qui tutoie l’atelier en est l’exemple. Qu’exposez-vous ?
Majoritairement, des estampes et autres papiers qui nous permettent de nous surpasser. Ainsi, je travaille beaucoup avec un éditeur d’estampes, mais aussi, quelques artistes qui ont la même sensibilité que la mienne. Leur travail me touche.

Selon vous, quelle est la plus grande qualité d’un encadreur ?
Etre juste et sensible dans ses choix.

L’ancienne Forge Galerie d’Art et Encadrement
Didier Lacroix
18, rue du Docteur Privey 71700 TOURNUS
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