En attendant l’éternité… Entretien avec Pierre Masbanaji

Vous êtes à la fois peintre et sculpteur, dans quelle discipline avez-vous commencé ?
Aussi loin que remontent mes souvenirs, j’ai toujours eu un crayon à la main. J’essayais de reproduire la réalité, fasciné déjà par les volumes, les jeux de la lumière, les proportions… Toute une mise en scène qui nous entoure et qui est, in fine, le chef d’oeuvre éphémère du temps.

Quel a été votre premier travail ?
Comme nombre d’artistes, j’ai été subjugué par les grands classiques : Rembrandt, Delacroix, Rubens, Le Greco… et plus tard Klee, Picasso, Rothko… Je les étudiais avec l’espérance sourde de trouver à mon tour mon langage, mon expression. Je ressentais cela comme une urgence pour ma condition d’homme, face à l’absurdité de l’existence.

La création a toujours été une alternative à la réalité.
Tout à fait. C’est ainsi que je suis passé de l’ Art figuratif, du réalisme à l’abstraction géométrique, sans le moindre heurt. Le trait pour le trait, sa force intrinsèque, sa dynamique. Peu à peu, j’ai jalonné un territoire qui m’est propre mais aussi habité, occupé a travers une architecture aux lignes tendues avec des volumes denses que je veux comme une matérialisation du temps.

Ce temps qui tient chez vous une place majeure.
Oui,car il est pour moi la grande révélation . Nous sommes le temps matérialisé. Il s’agit pour moi de le ponctualiser, de le rythmer pour que dans l’absolu il devienne intelligible, voire lisible.

Quelle en est la meilleure traduction : la peinture ou la sculpture ?
Aujourd’hui, sans la moindre hésitation, je vous réponds la sculpture parce que le champ des possibles est infini et que paradoxalement, la peinture fait écran. On peut dire qu’au fil des siècles, la peinture a perdu progressivement de sa magie au profit de la photo. Aujourd’hui, nous vivons une ère polluée par une saturation d’images.

Votre sculpture n’est pas académique mais architecturale.
Oui, car l’architecture offre des alternatives intéressantes.

Par exemple ?
Actuellement, je travaille sur des sculptures urbaines, grand format, en tôle. J’ai appelé cette série « les combustibles» du fait tant de leur densité que de leur couleur noire. On peut les voir comme des générateurs placés au coeur des villes.

Pour quel message ?
La création obéit à un cycle. L’éternité ne doit pas être vue comme une malédiction, mais davantage comme une respiration, une expansion lente. Le banquet de l’éternité nous invite à la modération.

Et pour en revenir à votre peinture ?
Mes toiles sont pour la plupart des avant-projets de mes sculptures. Ceci dit, certaines ont leur vie propre car elles possèdent une force. Elles sont les lettres d’un alphabet imaginaire.

Un souhait ?
Que Dieu à travers l’homme se réhabilite dans son propre coeur et assume son oeuvre.

Pierre Masbanaji
Peintre- Sculpteur
10, place des Arts – 71700 Tournus
Tél 03 85 51 30 37