Boulogne-Billancourt, Le Musée Paul Belmondo la quiétude retrouvée

© Musées de la Ville de Boulogne-Billancourt – Photo : Philippe Fuzeau

Construit au 18e siècle pour la famille Meulan, au croisement de la rue de l’abreuvoir et du chemin Saint-Denis, le château Buchillot, du nom de son avant-dernier propriétaire, abrite depuis 2010 le musée dédié au sculpteur Paul Belmondo, père de l’acteur. L’ensemble composé d’un pavillon contrôlant l’entrée, d’un corps de bâtiment principal et de deux dépendances encadrant une cour d’honneur, est inscrit, depuis 1951, à l’inventaire des monuments historiques. Le jardin rappelle que la propriété était bien plus vaste puisqu’elle englobait (jusqu’à la construction en 1970 de l’autoroute A13), le domaine conçu en 1855 par l’architecte Armand Berthelin, pour le baron James de Rothschild. Les quatre corps de bâtiments dont l’intérieur fut saccagé pendant la Seconde Guerre mondiale ont été acquis par la ville de Boulogne- Billancourt en 1982 puis entièrement rénovés à son initiative.

L’éclosion du musée est ainsi le fruit d’un engagement tenu par la municipalité à l’égard de la famille Belmondo et d’un investissement d’un montant global de 7,5 millions d’euros dont près de 6 millions d’euros de travaux. Cette audacieuse entreprise portée par la Commune a également bénéficié de l’aide du Conseil régional d’Ile-de-France, du Conseil départemental des Hauts-de-Seine, de mécènes telle la Fondation Aéroports de Paris mais aussi de la contribution de plus de deux cents particuliers boulonnais, séduits par le projet. À l’esthétique néoclassique des façades extérieures répond la muséographie conçue par les architectes Karine Chartier et Thomas Corbasson qui rappellent les cabinets de curiosités du 18e siècle. Les oeuvres présentées dans des niches incrustées dans les murs ou sur des socles à hauteur du visiteur invitent à la rencontre avec ce sculpteur qui fut l’un des grands noms de la sculpture figurative du 20e siècle. Né à Alger en 1898, fils d’un père forgeron-chaudronnier, Italien du Piémont et de Rosine Chiritto, Sicilienne, Paul Belmondo suit, à partir de 1913, les cours de la section d’architecture de l’École des Beaux-Arts d’Alger. Mobilisé en 1917 au 19e bataillon du Génie, il part pour la France où il sera blessé à Saint-Mihiel, au sud-est de Verdun. S’il entre en 1921 dans l’atelier de Jean Boucher à l’Ecole nationale des Beaux-Arts de Paris, c’est sa rencontre en 1922 avec Charles Despiau qui sera décisive. Le sculpteur influencera durablement l’artiste qui se tourne alors, comme son maître, vers une sculpture empreinte d’une grande sérénité.

L’art du portrait :

Honorable représentant d’un retour au classicisme porté par Antoine Bourdelle et plus tard par son maître Charles Despiau, Paul Belmondo excelle dans l’art du portrait qui deviendra l’un de ses modes d’expression de prédilection. Sculptant la pierre ou le bronze, fidèle au sujet représenté « j’attaque la glaise sans dessin préparatoire, je me réfère au modèle » disait- il, il met à nu tout ce que son époque compte de célébrités, (écrivain, comédien, homme politique…) En 1967, la famille impériale d’Iran lui commandera les bustes en bronze des souverains, aujourd’hui exposés au 1er étage du musée. L’artiste traduit avec acuité les traits psychologiques de ses modèles, tout en privilégiant un équilibre classique qui fait de lui l’un des grands représentants de la sculpture sereine de cette époque. Le monde de l’enfance, son entourage familial sont une source d’inspiration constante. La figure, comme il aime à la nommer, est passionnante : « ces séries étonnantes de plans, de volumes qui s’inscrivent sur le visage, la lumière, que l’on se préoccupe de celle qui doit éclairer le buste tout entier ou de celles plus subtiles qui inondent et soulignent les accidents de la face, autant de problèmes attachants et arides qu’il faut résoudre ». Et qui mieux que ses amis et surtout les membres de sa famille étaient à même de lui fournir une si digne source d’inspiration ?

Dans la cour pavée du musée Paul-Belmondo, le bronze de Madeleine veille. Vêtue d’un chemisier au col sage, les bras nonchalamment croisés sur le ventre comme si elle protégeait un enfant à venir, le port altier, la jeune femme dégage une grande sérénité, reflet d’une parfaite confiance en l’avenir. Madeleine, est la jeune épouse adorée du sculpteur. Il l’a rencontrée à l’Ecole des Beaux-Arts où élève en peinture, elle développait une fibre artistique héritée de son père, bijoutier et de sa mère, plumassière. Tombé sous le charme, Belmondo l’épouse le 17 mars 1931. Le musée conserve en complément de cette fonte à cire perdue réalisée à partir du plâtre original par la prestigieuse Fonderie Susse, deux autres portraits de la première muse du sculpteur, l’un en pierre, l’autre en plâtre, réalisés entre 1930 et 1938. En 2000, le réalisateur Gérard Oury, lors d’un hommage à son prédécesseur René Clément à l’académie des Beaux-Arts, parle ainsi de l’un des portraits de Madeleine : « Je suis allé récemment voir une rétrospective des oeuvres de Paul Belmondo à Boulogne-Billancourt. Entre temps, j’avais presque perdu la vue et c’est à l’aide de mes doigts que je les ai regardées. Je parcourais les salles lorsque je tombais en arrêt devant un buste que je connaissais déjà. Il s’agissait d’une jeune femme, très jolie, et dont on sentait bien qu’elle avait été conçue avec amour. Il s’agissait du buste de Madeleine Belmondo, l’épouse du sculpteur, la mère de ses enfants. J’osai l’effleurer du bout des doigts et la vit à cet instant mieux qu’avec mes yeux ». Le couple donne naissance à trois enfants, l’aîné Alain-Paul voit le jour en 1931, le deuxième qu’on ne présente plus, Jean-Paul, nait en 1933 et Muriel, la petite dernière qui embrassera la carrière de danseuse, arrive en 1945. Le sculpteur dira « les enfants, c’est pour moi merveilleux » ; « faire un buste d’enfant si c’est très difficile, c’est également un très grand plaisir ». Si le portrait de Jean- Paul, alors âgé de dix ans, surprend par son air déjà volontaire, le doux visage arrondi de Muriel, souligné par l’esquisse d’un sourire, reflète, quant à lui, une harmonie toute néoclassique. Ces portraits que l’on peut tous découvrir dans les salles du musée Paul-Belmondo en différentes versions, plâtre, bronze ou pierre, atteignent une forme de monumentalité non par leur taille mais par l’harmonie de l’expression traduite. Ils vérifient l’adage de l’artiste qui se voulait à la fois entièrement au service de son modèle, tout en respectant la tradition et en y insufflant une part de lui-même. L’important « c’est la passion, c’est l’enthousiasme qu’on met dans le travail qui font qu’un portait […] a des chances d’être réussi ». Le buste en bronze de Muriel, la fille de l’artiste, celui de Jean-Paul enfant ou encore celui de sa femme, Madeleine en sont de pertinents exemples.

La sculpture monumentale :

L’artiste s’intéresse très tôt à la sculpture monumentale et à sa place dans l’architecture. En 1934, la municipalité de la ville d’Alger lui commande un des bas-reliefs décorant la façade gauche du Foyer civique d’Alger. Son ami, l’architecte Léon Claro est chargé du projet. Le sculpteur Georges Béguet réalise le bas-relief du côté droit de la façade, tandis que les peintres Émile Claro, Armand Assus, Marius de Buzon, et Léon Carré sont chargés de la décoration intérieure de l’édifice. En 1937, Belmondo participe à l’Exposition Internationale à Paris. Il fournit deux grandes sculptures : un Nu féminin (Printemps ou Ève) et un Athlète ainsi qu’un haut-relief La Danse, une des métopes ornant la façade du théâtre de Chaillot. En 1958, au Salon des Tuileries, il exposera la Femme en marche sous le titre de : Hommage à la Parisienne. Cette grande figure où pour la première fois le mouvement fait partie intégrante de l’oeuvre, fera aussi l’objet d’une commande pour le lycée technique de Cachan. Dans le cabinet d’art graphique du musée, le visiteur découvre combien le dessin fait partie intégrante du processus créatif du sculpteur. S’il s’essaie à toutes les techniques : mine de plomb, crayons de couleur, sépia, encre de Chine, aquarelle, c’est surtout la sanguine qui a sa préférence. Son habilité s’épanouit dans les illustrations d’ouvrages de bibliophilie sur le thème de l’amour : Les Idylles de Théocrite en 1946 et Les Amours de Lucien de Samosate en 1954. Enfin, Paul Belmondo réalise pour la Monnaie de Paris plus de 150 médailles dont une sélection est présentée dans un espace spécialement conçu au 3e étage du musée. Les sujets en sont très variés : médailles dédiées à un personnage célèbre, célébrations commémoratives. Cet art qu’il nomme la « petite sculpture » est pour lui l’occasion d’affirmer la grande précision de son trait et de mettre en avant la délicatesse de la figure humaine qui orne souvent le revers des médailles. Le Musée Paul-Belmondo est une invitation à découvrir la carrière de ce sculpteur qui bien qu’attaché à la grande tradition classique des maîtres du passé a su insuffler à son oeuvre une grande originalité.

Claire Poirion, Responsable des collections des musées de la Ville de Boulogne-Billancourt.

Informations pratiques
Musée Paul-Belmondo 14, rue de l’Abreuvoir 92100 Boulogne-Billancourt
Tel 01 55 18 69 01
Horaires d’ouverture
Du mardi au vendredi de 14h à 18h
Les samedi et dimanche de 11h à 18h
Fermé : 1er janvier, 1er mai et 25 décembre

Accès Métro : Ligne 10 (Boulogne Jean-Jaurès)
Bus : Ligne 123 (Église de Boulogne)
Bus : SUBB boucle nord (Parc de Boulogne Edmond-de-Rothschild)