La rencontre de l’Art et de l’Histoire

L’hôtel-Dieu – Musée Greuze de Tournus

Tournus s’épanouit sur la rive droite de la Saône qui sépare le plat pays de Bresse des collines du Mâconnais. La cité a la chance de posséder un riche patrimoine architectural avec l’abbatiale romane Saint-Philibert et ses bâtiments conventuels. Cette ville ancienne est bâtie dans l’enceinte et à la périphérie de l’ancien rempart médiéval. L’hôtel-Dieu aux bâtiments préservés accueille un musée hospitalier et le musée Greuze, consacré aux Beaux-Arts et à l’archéologie. Tournus est également renommée pour sa gastronomie avec quatre établissements étoilés par le guide Michelin.

L’hôtel-Dieu, un patrimoine hospitalier de premier ordre L’hôtel-Dieu de Tournus est un témoin exceptionnel de l’histoire hospitalière en France. Construit dès 1661 au centre de la ville, l’établissement ne comprend alors qu’une vaste salle meublée de dix-huit lits. Géré par un conseil civil et religieux, le service hospitalier est assuré par les soeurs de Sainte- Marthe dont l’ordre a été créé au XVe siècle par le chancelier Nicolas Rolin, fondateur des Hospices de Beaune. Pour faire face à l’afflux croissant de miséreux, l’hôtel-Dieu est agrandi dans la première moitié du XVIIIe siècle, par l’abbé de Fleury. On bâtit une deuxième grande salle commune, identique à la première, afin de bien séparer les hommes des femmes. Un campanile domine alors la chapelle axiale qui permet aux malades de suivre les offices religieux depuis leur lit. Une troisième salle de malades, baptisée salle des soldats, est aménagée plus tardivement, pendant la période révolutionnaire. D’agrandissements successifs en modernisations, l’hôtel-Dieu de Tournus cesse de fonctionner en 1985. Le transfert des malades, puis des retraités, se fait dans le nouvel hôpital de Belnay construit dans la cité, non loin de l’autoroute.
L’hôtel-Dieu a fait alors l’objet d’une réflexion pour devenir un lieu patrimonial ouvert à la visite. Le projet prévoyait également l’aménagement du musée Greuze dans l’aile conventuelle et le déplacement des collections alors situées, rue du Collège. La mairie de Tournus a signé en 1985 un bail emphytéotique avec l’hôpital, pour la gestion du bâtiment (3 500 m2) et de ses fonds patrimoniaux.
Après quinze ans de travaux, le musée de l’hôtel-Dieu a été inauguré en 1999 et le musée Greuze en 2000. En 2002 toutes les collections ont bénéficié de l’appellation Musée de France. Frédéric Didier, Architecte en chef des Monuments historiques, a su avec art et subtilité lui redonner tout son lustre.
L’hôtel-Dieu est l’un des rares établissements hospitaliers anciens à n’avoir pas été démembré. Ce monument tournusien présente encore aujourd’hui l’ensemble de ses proportions d’origine, ainsi que son mobilier d’époque. Classé Monument historique en 1964, le bâti adopte le plan en croix typique des hôpitaux de cette époque, rappelant le caractère religieux de ces établissements. L’édifice s’impose par ses impressionnants volumes d’où émerge le campanile élancé. Les salles anciennes ont été restaurées avec leur mobilier d’origine de façon à restituer l’atmosphère d’alors. Les traditionnels lits clos en chêne sont encore alignés le long des murs, et la muséographie présente divers ustensiles utilisés du XVIIIe au XIXe siècle.
Dans un lieu retiré, presque caché, à une extrémité du bâtiment s’ouvre l’apothicairerie. Installée vers 1685, elle a été classée Monument historique en 1903. Elle est l’une des plus belles apothicaireries hospitalières conservée in situ en France. Son décor ne cesse encore aujourd’hui d’étonner. Pour faire connaître ce précieux patrimoine, le site tournusien adhère au Réseau des hôtels-Dieu et apothicaireries.

Le musée Greuze, des collections méconnues, un patrimoine exceptionnel

Le musée Greuze accueille des fonds riches et diversifiés. Un espace dédié à l’archéologie met en valeur des pièces exceptionnelles du Paléolithique au Mérovingien, principalement issues de fouilles exécutées dans le tournugeois, ou de découvertes fortuites faites dans la Saône ; en particulier une trousse d’ophtalmologie galloromaine, seul exemple complet répertorié en Europe. Ce musée accueille également des collections de peintures des écoles françaises, flamandes et italiennes du XIVe au XXe siècle. Des salles présentent des sculptures des XIXe et XXe siècles issues de l’Ecole tournusienne, ainsi que des oeuvres d’art contemporaines. La récente donation A. Biard a enrichi le musée d’une centaine de dessins et de peintures qui s’échelonnent du siècle des Lumières à aujourd’hui. Les grands noms du XVIIIe siècle sont présents : Natoire, Bouchardon, Boucher, Greuze, Fragonard, David. Les travaux de Delacroix, Moreau évoquent le XIXe siècle. Les principaux courants de pensée artistique du XXe s’affichent avec des artistes de renom : Picasso, Modigliani, Valadon, Kandinsky, Breton, Masson, Picabia, Magritte, De Chirico, Chaissac, Fautrier, Le Corbusier, Moore, Balthus, Cocteau, Veira da Silva, Zao Wou-Ki. Ces travaux fragiles sont présentés par rotation et prêtées dans le monde entier. Les peintures de la seconde moitié du XXe siècle issues de cette collection sont mises en valeur autour d’une installation de Sarkis déposée par le Fonds national d’art contemporain.
L’artiste Jean-Baptiste Greuze (1725 – 1805), natif de Tournus, a donné son nom au musée. Peintre du roi, ami du philosophe Diderot, il connaît un immense succès au siècle des Lumières, jusqu’en Russie. On retrouve ses oeuvres dans les plus grands musées et même dans le bureau ovale de la Maison Blanche, où le Président des Etats-Unis peut face à lui, contempler tous les jours le portrait de Benjamin Franklin réalisé en 1777.
La section consacrée à notre peintre, comprend trois salles : peintures originales, attributions et copies anciennes, cabinet d’art graphique. A Tournus, huit peintures et une trentaine de dessins originaux témoignent de son art, de la jeunesse à la maturité. Le bicentenaire du décès de notre artiste a donné lieu à un partenariat avec le musée du Louvre, afin de présenter les grandes étapes de l’élaboration de sa pièce de réception en 1769 à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Des travaux montrent aussi le succès remporté par le peintre auprès d’autres artistes. La collection de gravures d’après l’oeuvre comprend, fait unique au monde, plus de 600 feuilles. Elle sert de référence au marché international de l’art lié au peintre. Digne d’intérêt, le cabinet d’art graphique, propose chaque année une exposition nouvelle autour d’un thème lié à Greuze. Par exemple : “L’Art de mettre de l’expression dans les figures”, “Derniers dons d’art graphique”, “De Diderot à Sombreuil”, “Greuze et l’Antique”, “Dons d’art graphique d’Edgar Munhall”. En 2016, le musée propose l’exposition : “Autour de Greuze”, “Offrandes à l’Amour”. L’accrochage se décline autour d’un tableau ayant fait l’objet d’une donation de B. Jubault. Il a été réalisé par l’une des élèves de Greuze, l’écossaise Charlotte-Augusta Dalrymple, dont les peintures étaient inconnues jusqu’à lors. Cette grande découverte permet de faire figurer dans le cabinet d’art graphique toutes les déclinaisons de représentations de figures d’expressions féminines de Greuze liées à la thématique des “Offrandes à l’Amour” (dessins, gravures et photographies anciennes d’après son oeuvre). Un étonnant dessin original de Greuze – un lavis avec rehauts de pierre noire et de sanguine – issu d’une collection privée et restauré pour l’occasion, sera pour la première fois dévoilé au public. La jeune fille représentée sur cette belle feuille possède la particularité d’être entièrement nue, un sujet très rare au XVIIIe siècle. La présentation est réalisée par la conservation des musées de Tournus en partenariat scientifique avec Edgar Munhall (conservateur honoraire de la Frick collection de New York) et le Musée des Beaux-Arts de Dijon, une façon de rendre hommage au donateur de la peinture, en attirant l’attention de particuliers susceptibles de réaliser d’autres actions d’évergétisme.
L’hôtel-Dieu – Musée Greuze de Tournus a la chance d’abriter de splendides collections. Les salles dédiées aux oeuvres labellisées Musée de France, accueillent le public dans ce cadre prestigieux. Ouvert au public individuel d’avril à octobre, et toute l’année pour les groupes, le site a pour vocation de préserver et de faire connaître au plus grand nombre cet héritage exceptionnel.
Une quinzaine de guides-conférenciers assurent les visites en français, anglais, allemand, italien, espagnol, portugais et néerlandais, sur réservation auprès de l’Office de tourisme du tournugeois. Des visites commentées et des animations pour les scolaires et les jeunes en général, abordent l’art et l’architecture en salle pédagogique, par le biais d’ateliers (construction de voûtes, création de mosaïques, élaboration de bijoux à l’aide de silex taillés…).
Des audioguides en français, anglais et allemand, sont disponibles pour le public individuel. A noter, les lieux sont accessibles aux personnes à mobilité réduite. Un auditorium de 63 places propose un programme varié (conférences, colloques, projections, spectacles, etc.). Les expositions temporaires et leurs publications, financées en partie par la DRAC de Bourgogne, contribuent à l’étude des collections afin de mieux les restituer au public. Les thèmes abordés depuis 2008 concernent le patrimoine hospitalier (plantes médicinales, tissus et orfèvrerie liturgiques), l’art du XXe siècle (dessins de la donation A. Biard), l’art contemporain (sélection d’oeuvres du Frac de Bourgogne). A cela s’ajoute l’étude détaillée de l’oeuvre de Greuze.
Grâce à une politique mettant en valeur les actions des donateurs, le musée Greuze s’est enrichi de nombreuses oeuvres. Il travaille actuellement en lien avec la Société des Amis des Musées de Tournus et la Fondation du Patrimoine afin d’accentuer cette action.

Florence VIDONNE,
Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres,
en charge de la Direction – Conservation des Musées de Tournus
en Saône-et-Loire (hôtel-Dieu – Musée Greuze
et Musée Bourguignon Perrin de Puycousin).